les yeux du parapluie

Les yeux du parapluie, d'Ingrid Chabbert, illustré par Loren Bes, Belcastel éditions

Jean ne se sépare jamais de son parapluie. Qu'il pleuve, qu'il vente, ou que le soleil rayonne, Jean sort avec son parapluie. Tout le monde connaît le parapluie de Jean, mais personne ne connaît son visage. Mais un jour, le temps est si mauvais que Jean s'envole, accroché à son parapluie...

"Le regard de Jean, lui, nul ne l'avait jamais vu.
On murmurait bien de çi de là que peut-être il avait disparu.
Si on essayait de l'apercevoir,
Il baissait un peu plus le parapluie sur son visage."

Vous vous souvenez du livre que j'avais gagné à un concours de La mare aux mots ? Eh bien, le voici entre mes mains (et devant mes yeux ).
Je n'avais encore jamais possédé un tel album jeunesse. La typographie du texte - majuscules et police d'écriture - et les illustrations forment un ensemble cohérent, mais très particulier.
Mlle 5 ans 1/2 a beaucoup aimé les illustrations. Je me demandais vraiment comment elle allait réagir. Elle m'a devancé en prenant le livre sans que je la vois, en le feuilletant, et en venant me dire qu'elle espèrait que je l'avais acheté celui-là (par rapport à ceux que j'emprunte à la bibliothèque, elle aimerait toujours pouvoir tous les garder) parce que les images étaient "trop belles !"
Ils travaillent beaucoup sur les peintures d'artistes à l'école, elle n'était donc pas surprise par les illustrations (il faut le dire, on est loin ici des illustrations jeunesse plus classiques).
Loren Bes a livré dans cet album de véritables tableaux, où les peintures se mélangent, se superposent, se croisent. Elles ne sont pas nettes ou uniformes, pas non plus lisses, mais plutôt en gouttes, en tâches, toujours en mouvement. Le tout crée un univers particulier, à la limite du merveilleux (vous aurez l'occasion de croiser de drôles d'engins/animaux volants, des poissons dans le ciel, une grenouille qui joue aux dés...).
Le texte quant à lui est très agréable à lire à haute voix, son côté poétique s'y révèle encore plus.
L'interprétation de l'histoire est un peu plus difficile.
Jean vit d'abord entouré de gens sérieux, grands, plutôt guindés. Et Jean se cache, sous son grand manteau (ah son manteau ! grande interrogation pour Mlle 5 ans 1/2, pour elle c'est une robe, et elle ne comprend pas que Jean, un garçon, puisse porter un tel vêtement...) et son parapluie. Puis il est pris par le vent, s'envole, traverse un ciel peuplé de créatures bizarres, et arrive sur une petite île. Là, les gens sont totalement différents, souriants, joyeux, légèrement habillés, comme s'ils étaient d'une toute autre époque que les habitants d'où vient Jean. Ils l'invitent à être lui même et à laisser son parapluie. Jean va alors se dévêtir de son grand manteau et de son tout aussi grand parapluie... et se sentir enfin libre et beau.
Mlle 5 ans 1/2 a été très surprise par la fin, mais elle lui plaît bien !
Après deux ou trois lectures avec elle, nous allons nous interroger sur le titre, je suis sûre que sa réponse sera des plus intéressantes !

Ah oui, un petit mot sur l'éditeur aussi. Il nous offre de belles esquisses de l'illustrateur en cadeau à la fin du livre (10 pages tout de même !) ainsi qu'une petite bibliographie sur l'auteur et l'illustrateur, ce qui est plutôt agréable. Pour ma part, j'aime beaucoup l'esquisse au crayon de papier où le personnage de l'album survole les montagnes.

Merci La mare aux mots pour cette belle découverte !